La
sécurité sociale : c’est la solidarité
entre tous les salariés du public comme du privé
(2)
La sécurité
sociale, les cotisations (patronales et salariales) font partie de
notre salaire, c’est le salaire différé : ce
dossier l’explique. Dans le N° 320 du Syndicaliste des
Lycées et Collèges, nous avons expliqué que les
personnels de l’Education nationale comme les autres salariés
sont rattachés au régime général de la
Sécurité sociale. Les prestations sont gérées
par la MGEN.
Ce dossier est donc la suite. Il a été
rédigé à partir de documents publiés par
la Confédération FO : “la sécu en 50
questions” (1995) et le rapport préparatoire au congrès
confédéral de Villepinte (2004).
Salaire différé,
qu’est-ce que c’est ?
La lecture du bulletin
de paye répond parfaitement à cette question.
Celui
d’un certifié au 11ème échelon, indice
657 : son salaire brut est de 2888€.
L’état
(son employeur) verse 280,17€ de cotisation patronale maladie et
83,76€ de charge maladie, 150,19€ de cotisation allocations
familiales, 1015,23 de charge pension civile et 2,22€ de charge
accident du travail (colonne “Pour information”).
Le
total des cotisations et charges “patronales” (hors
pension civile) est de 516,34 € que le salarié ne touche
pas directement mais qui sont versés aux différents
organismes concernés (sécurité sociale, caisse
d’allocations familiales…). Elles font néanmoins
partie intégrante du salaire.
Cette somme s’ajoute
à celles que le salarié verse, sur son salaire :
CSG 211,96 €.et pension civile, 226,73 € (colonne “A
déduire”).
Hors pension civile, c’est donc 740
€ que le salarié ne perçoit pas : c’est
ce que les fondateurs de la sécurité sociale appellent
“le salaire différé”, c’est-à-dire
de l’argent qui n’est pas touché directement mais
est versé au titre de la solidarité entre travailleurs
et entre générations pour permettre à tous et à
chacun de faire face à la maladie et à la
vieillesse.
Cet argent appartient aux salariés. C’est
pour cela que les organisations représentant les salariés
le gèrent dans les différents organismes de la sécurité
sociale.
La cotisation famille et la
cotisation accidents du travail : des cotisations payées par
le seul employeur
Cela découle du
principe de la responsabilité de celui-ci dans la survenance
des accidents. La cotisation varie selon le taux d’accidents
dans une entreprise ou une branche professionnelle. Pendant longtemps
ce “risque” dégageait des excédents qui
étaient remis au pot commun dans le cadre de la solidarité
maladie, vieillesse, famille. Depuis plusieurs années, ce
principe a été remis en cause, les excédents
étant “remboursés” aux entreprises :
plusieurs milliards de francs ont été ainsi soustraits
à la sécurité sociale au fil des années.
La
cotisation familles est à priori payée également
par le seul employeur. C’est en réalité de moins
en moins vrai puisque cette cotisation employeur est passée
au fil des années de 9% en 1978 à 7% puis à 5,4%
(au 1er février 1991 - date de la mise en place de la CSG)
d’une part, et que d’autre part, une part de la CSG est
affectée aux allocations familiales.
CSG (cotisation sociale
généralisée) ou cotisation ouvrière
maladie ?
La CSG a été
créée par la loi de finances de 1991 par Michel Rocard,
alors ministre du budget.
De 1,1% en 1991, elle est passée
à 2,4% en 1993. En 1998 elle est passée à 5,7%,
ce qui a abouti à la suppression de la cotisation maladie du
traitement des fonctionnaires (cette cotisation subsiste pour les non
titulaires, elle est de 0,75%).
Les fonctionnaires paient donc la
CSG et pas à proprement parler de cotisation ouvrière
maladie.
La CSG provient de prélèvements effectués
sur :
- les revenus d’activité (les salaires) et de
remplacement (allocations, retraites, pensions)
- les revenus du
patrimoine
- les produits de placement
- les
jeux.
L’affectation de la CSG n’est pas identique à
celle de la cotisation ouvrière maladie : à l’origine,
elle devait être affectée aux allocations familiales et
au fonds de solidarité vieillesse, elle contribue actuellement
à financer le risque maladie, les allocations familiales, les
dépenses de solidarité et le fonds dépendance.
L’affectation des fonds relève de décisions
gouvernementales (c’est ce qu’on appelle la
“fiscalisation” de la sécurité
sociale).
C’est encore une rupture des principes fondateurs
de la sécurité sociale.
Contrairement aux
cotisations sociales (et à l’ancienne cotisation
ouvrière maladie), la CSG n’est pas déductible en
totalité du revenu imposable. A revenu réel identique,
le remplacement de la cotisation ouvrière par la CSG s’est
bien traduit par une augmentation du montant de l’impôt à
payer.
Il faut ajouter le RDS (0,5%) en vigueur depuis le 1er
février 1996 pour une durée de 13 ans. Ce nouvel impôt
appelé “remboursement de la dette sociale” a pour
objectif déclaré de rembourser la dette de la sécurité
sociale, dette dont on verra plus loin (le “trou” de la
sécu) qu’il n’existe pas plus aujourd’hui
qu’au titre des années antérieures à
1996.
Un exemple, l’année 1993 : le déficit
déclaré est de 56 407 millions de francs. Cette année
là ; il y avait eu 9 162 millions d’exonérations
de cotisations et 43 767 millions de charges indues….
D’où vient l’argent
de la sécurité sociale ?
De nos salaires. C’est
notre argent. La quasi-totalité des recettes du régime
général est constitué par nos cotisations, donc
par notre salaire. Les cotisations dites patronales et salariales,
telles qu’elles sont indiquées sur le bulletin de
salaire, ont représenté en 1993 877 milliards de francs
sur les 1031 milliards de recettes du régime général,
c’est-à-dire environ 87% des recettes.
En 2003, cette
part du salaire différé est passée à 62%
!
Des exonérations de plus en
plus nombreuses
Comme le soulignait FO
Hebdo en 1995 “Pour les entreprises, les cotisations à
la sécu sont des charges, qui s’ajoutent aux salaires.
Le salaire lui-même est une charge. Un employeur “normalement
constitué” cherche toujours à réduire ses
charges. Mais ces cotisations, divisées en deux parties
inégales, les cotisations “patronales” et les
cotisations “ouvrières” font toutes deux partie de
la masse salariale, de l’ensemble des salaires et cotisations
payés par les employeurs en contrepartie du travail fourni. La
masse salariale fait partie des coûts de revient des
entreprises que le patronat cherche à compresser :
suppressions de postes, exonérations de cotisations…etc..
Si
la distinction entre part patronale et part salariale des cotisations
ne signifie pas grand-chose du point de vue de l’utilisation de
l’argent collecté, on constate que les gouvernements ont
progressivement bloqué l’augmentation de la part
patronale au détriment de la part salariale dans le secteur
privé.”
A cela s’ajoutent les exonérations
accordées aux employeurs pour différentes raisons. La
loi de financement de la sécu de 2000 a créé un
“fonds de financement de la réforme des cotisations
patronales” (le FOREC) : ce fonds est destiné à
compenser les pertes de cotisation liées aux mesures
d’allègement de charges portant sur les bas salaires et
la RTT. Ce fonds est alimenté par des taxes diverses (tabac,
etc.), une partie de la CSG et une participation (faible) de
l’Etat.
C’est ainsi qu’une partie du salaire
différé, ce qui est dû à chaque salarié,
n’est plus versée à la sécu (pour autant
notre salaire direct n’a pas augmenté !), alors
qu’individuellement par les taxes, l’impôt et la
CSG, notre pouvoir d’achat est amputé.
Ce fonds (le
FOREC) a remplacé l’Etat dans la plupart de ses charges
de remboursement à l’égard de la sécurité
sociale mais a aussi pérennisé la non compensation des
mesures d’exonération prises auparavant.
Le mensonge du “trou”
de la sécu
Pour la seule année
2002, le montant total des exonérations était de 19,5
milliards d’€ : 14,43 Mds d’€
étaient compensés par le FOREC, 2,73 par l’état
et 2,34 n’ont pas été compensés.
Pour
cette même année 2002, on annonce un “déficit”
de la sécu de 3,4 Mds d’€ (sur un budget total de
228 milliards d’€). Mais s’il n’y avait pas
les exonérations, ce n’est pas un déficit qu’il
y aurait mais un excédent !
Et l’on pourrait
poursuivre encore : avec les effets de la fiscalisation
ainsi toujours pour l’année 2002, la taxe auto qui était
affectée à la CNAM ne l’est plus (perte 960
millions d’€), à la place, on y affecte la taxe sur
le tabac (580 millions d’€).
Les taxes pharmaceutiques
ne sont plus affectées en totalité à la sécu :
environ 85 millions d’€ de moins.
Ces mesures
budgétaires, décidées par le gouvernement,
conduisent sur la seule année 2002 à un manque à
gagner de 425 millions d’€…et s’ajoutent à
d’autres…
La fiscalisation, c’est cela
Avant, la sécurité
sociale tirait ses ressources des seules cotisations (des salariés
et des employeurs). Toutes les cotisations étaient
intégralement affectées aux différents risques
(vieillesse, maladie, famille).
Après, le pillage commence
: toutes les cotisations ne sont plus payées (exonérations
patronales), la CSG introduit des ressources qui ne viennent plus des
seuls salariés, des “ressources” (au titre des
compensations) sont introduites qui ne viennent plus du salaire
(taxes, etc). Ces ressources sont affectées en fonction des
décisions budgétaires gouvernementales.
Un autre
financement de la sécu que celui assis sur les salaires, ne
pourrait que conduire à une fiscalisation plus grande encore,
à une sécu qui échapperait aux salariés
pour dépendre des seuls critères de “rentabilité”.
Le
syndicaliste des Lycées et Collèges N° 322 d’avril
2004
|
Les taux de retenues
payées par le salarié
|
|
TITULAIRES
|
|
Pension civile
|
7,85%
|
|
Contribution solidarité
|
1%
|
|
CRDS
|
0,5%
|
|
CSG non déductible
|
2,4%
|
|
CSG déductible
|
5,1%
|
|
NON TITULAIRES
|
|
Assurance maladie
|
0,75%
|
|
Assurance veuvage
|
0,1%
|
|
IRCANTEC
|
2,25%
|
|
Contribution solidarité
|
1%
|
|
CRDS
|
0,5%
|
|
CSG non déductible
|
2,4%
|
|
CSG déductible
|
5,1%
|
Le
syndicaliste des Lycées et Collèges N° 322 d’avril
2004