Editorial par Edith Bouratchik, secrétaire générale du SNFOLC de septembre 2020

La rentrée que nous vivons est inédite et fait suite à une année particulièrement singulière. L’hiver dernier, la plus longue grève depuis des dizaines d’années a uni les salariés du public et du privé pour obtenir le retrait du projet de réforme des retraites par points, en même temps que dans les établissements scolaires, les épreuves du baccalauréat dites « E3C » mobilisaient contre elles tant les personnels que les élèves et leurs parents, attachés à ce que le baccalauréat demeure un diplôme national.
Au printemps, la pandémie a entraîné  une crise sanitaire sans précédent : chacun se souvient de l’insuffisance de matériel de protection disponible pour toute la population ainsi que dans les hôpitaux et les établissements scolaires. Chacun se souvient des déclarations des décideurs sur l’inutilité du masque, des tests, etc. alors qu’au même moment, des centaines de personnes décédaient chaque jour. Il n’y avait pourtant aucune fatalité à cette situation : elle est la conséquence directe des politiques de santé publique menées par les gouvernements successifs depuis des années.
En mai-juin, après nous avoir imposé un télétravail à nos risques et à nos frais, c’est sous « protocole » que nous avons dû retrouver nos élèves, ou plutôt, seulement une partie d’entre eux ; les autres étant interdits d’accès aux établissements par ce même « protocole ». A juste titre, nous étions nombreux à nous interroger sur ces nouvelles dispositions, qui n’avaient plus grand-chose à voir avec l’École, lieu où l’on devrait pouvoir transmettre des connaissances à la totalité des élèves.
Aujourd’hui, à la veille de reprendre les cours, nous sommes nombreux à nous interroger. Toutes les contre-réformes sont maintenues, y compris le projet de retraite universel à points. Dans le secteur
privé, des centaines de milliers d’emplois vont disparaître dans les prochains mois. Dans la fonction publique, la nouvelle ministre nous a prévenus, c’est 0 euro ! Encore une fois, la valeur du point d’indice reste gelée pour 2021. Et le ministre nous parle d’une rentrée sereine… or il confirme dans la presse toutes les réformes et en engage de nouvelles : fonder de nouveaux partenariats avec les collectivités, rapprocher l’école de l’entreprise, parachever le « nouveau lycée », instituer un parcours
scolaire et périscolaire en 6ème avec possibilité de faire de la remédiation jusqu’à 5 heures sur les 26 dues aux élèves, par les professeurs de collège ou les professeurs des écoles. Et n’oublions pas l’annonce du maintien du protocole décidé par le ministre et déclinable dans chaque établissement
pendant toute l’année scolaire. Alors disons le clairement, que va-t-il rester de l’école, des disciplines, de l’instruction ?
Pas grand-chose voudrait M. Blanquer ! Mais les personnels dans les collèges et les lycées ne sont pas dans cette logique là. Ils l’ont signifié depuis des mois par les grèves et les manifestations contre
la réforme des retraites, du bac et du lycée, pour le maintien de leur statut, de leurs missions. C’est pourquoi le SNFOLC invite les personnels à se réunir dès la prérentrée pour lister les revendications,
les faire valoir et engager le rapport de forces contre les décisions de destruction de l’Ecole et des statuts. Et ce ne sont pas les annonces de pseudo revalorisation en échange de l’accord des organisations syndicales pour modifier la carrière, la formation, le l’enseignement lui-même qui va nous faire renoncer à notre indépendance et nos revendications. Lors de l’audience de la fédération FO de l’enseignement, le ministre l’a bien indiqué : pas de créations de postes, alors que 25 000 élèves supplémentaires sont attendus dans l’enseignement secondaire cette année et que le ministère supprime 440 postes. Les contractuels sont licenciés en masse. Le ministère a refusé de nommer tous les candidats aux concours 2020 sur liste complémentaire. Il poursuit une politique de licenciements des stagiaires alors qu’ils ont effectué leur stage dans des conditions impossibles. Comment comprendre que le gouvernement s’apprête à présenter un « plan de relance » de 100 milliards qui s’ajoute aux 460 milliards déjà annoncés et qu’on nous réponde que le budget de l’Education nationale est un budget contraint et qu’il n’y aura rien de plus sauf l’utilisation des heures
supplémentaires non consommées pendant le confinement ?
Alors que l’épidémie de Covid-19 a montré les conséquences désastreuses sur la population des politiques d’austérité et de destruction des services publics, les pouvoirs publics entendent poursuivre dans la même voie. Pire, ils utilisent la crise sanitaire et les pouvoirs d’exception qu’ils se sont octroyés pour accentuer la répression. Mais les salariés continuent à exprimer leurs revendications. Le gouvernement serait bien avisé de les entendre et de les satisfaire, comme il a fini par accepter une augmentation indiciaire de 183 euros pour les personnels soignants mobilisés et en
grève. Il doit accorder immédiatement ces mêmes 183 euros à l’ensemble des fonctionnaires, qui eux aussi, étaient en première ligne au plus fort de la crise sanitaire.
Bonne rentrée revendicative à toutes et à tous !