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Refondation ou destruction de l’Ecole ? SNFOLC 16 juin 2014

16 juin 2014

lundi 16 juin 2014


Lancée il y a deux ans, consacrée par la loi Peillon n°2013-
595 du 8 juillet 2013, la « refondation » de l’Ecole modifie
en profondeur la place des savoirs dans l’enseignement,
leur rythme d’acquisition et leur évaluation.

Le socle

Même s’il s’en défend, le ministère a pour principal objectif de
substituer le socle commun de compétences aux connaissances
disciplinaires, jugées trop abstraites, trop ardues, trop académiques,
trop coûteuses à acquérir. Le socle lui est présenté comme
plus en phase avec les attentes de la société, plus porteur de sens
pour les élèves, plus à même de lutter contre les inégalités.

Cependant, mal défini scientifiquement, regroupant des aptitudes
de nature très différente, le socle semble pour le moins mouvant.
Le 18 décembre 2006, l’Union Européenne fixe huit compétences
pour l’éducation et la formation tout au long de
la vie, la loi n°2005-380 du 23 avril 2005 n’en
retient que cinq, mais le décret n°2006-830 du 11
juillet 2006 porte le total à sept. Enfin le nouveau
socle de 2014 se limitera à cinq dont deux non
adossées à des disciplines « Méthode pour apprendre
 », et « Former la personne et le citoyen »

Cette substitution du socle aux disciplines intervient
au moment où les universitaires de plus en
plus nombreux contestent cette logique des compétences
(voir la pétition publiée le 6 mai 2014
dans le Guardian contre l’enquête PISA). Dans un article de la
revue Skhole, Nathalie Bulle fait le même constat pour la France,
plus on a réduit la part des disciplines à l’Ecole et plus celle-ci est
devenue inégalitaire (« PISA : à quand la fin des idéologies ? »).

Les programmes par cycle

Les programmes actuels fixent les connaissances disciplinaires
que l’élève doit maîtriser au terme de chaque année scolaire. La
charte des programmes publiée le 3 avril 2014 précise que ce ne
sera plus forcément le cas : « ce programme général demande à
être décliné de façon cohérente pour définir ce qui doit être enseigné
à un niveau donné, en fonction des cycles d’enseignement,
avec si nécessaire des indications complémentaires par année d’étude. »

Cette substitution du cycle à l’année scolaire n’est pas sans avoir
de graves conséquences. Pour les élèves, elle rend plus difficile le
changement de collège ou de lycée en cours de cycle. Pour les professeurs,
elle menace la liberté pédagogique puisqu’elle impose le
travail en équipe et renforce le poids de la hiérarchie locale. Quand
Alain Boissinot déclare le 4 avril 2014 au Café pédagogique qu’il
veut « laisser ouvert un champ pour les équipes enseignantes », il
faut comprendre qu’il souhaite donner carte blanche au chef d’établissement
pour pratiquer dans les programmes tous les ajustements
qu’il souhaitera. Pour l’institution enfin, elle détruit encore
un peu plus le caractère national de l’Education déjà bien mis à
mal par les projets éducatifs territoriaux (articles 57 et 66 de la loi
Peillon n°2013-595 du 8 juillet 2013).

L’évaluation

Au nom de l’école de l’inclusion et de la bienveillance, la suspicion
est jetée sur les notes. Accusées d’avoir été introduites dans
l’enseignement par les jésuites, celles-ci décourageraient l’élève
en lui révélant l’ampleur de ses lacunes et donc ruinerait l’estime
qu’il a de lui. Pire, elles seraient une violence intolérable exercée
par le maître désireux d’imposer sa domination sur les élèves.

Conformément à l’annexe de la loi Peillon n°2013-595 du 8 juillet
2013, la circulaire de rentrée n°2014-068 du 20
mai 2014 entend y mettre bon ordre en faisant
« évoluer les pratiques d’évaluation ». Elle enjoint
aux professeurs de « privilégier une évaluation
positive », essentiellement tournée vers
l’acquisition du socle commun. En avril 2014,
Benoît Hamon demandait ainsi, dans les dictées,
de ne plus sanctionner les fautes mais d’accorder
des points pour tous les mots bien orthographiés
selon une procédure extrêmement lourde
expérimentée en 2013 sur 1500 copies dans les
académies de Créteil et de Poitiers.

Plus radicale encore, la création de « classes sans note » notamment
dans le cadre de l’article 34 de la loi n°2005-380 du 23
avril 2005. Qu’importe si les familles y sont souvent hostiles, si
les élèves n’en tirent aucun bénéfice en terme d’apprentissage, et
si le dispositif de l’aveu même de l’inspection générale « prend
beaucoup plus de temps que l’évaluation traditionnelle et […]
exige un plus fort investissement »
(La notation et l’évaluation des
élèves éclairées par des comparaisons internationales, Rapport
n°2013-072 juillet 2013, p.22).

Cette suppression des notes s’inscrit dans un mouvement plus
vaste passant par l’introduction d’épreuves en cours d’année pour
les oraux de langue vivante au baccalauréat, par la suppression
prochaine du brevet annoncé par Denis Paget (ancien secrétaire
général du SNES,membre du CSP), ou par l’orientation décidée
par la seule famille indépendamment des résultats scolaires de
l’élève (article 48 de la loi Peillon n°2013-595 du 8 juillet 2013 ,
décret n°2014-6 du 7 janvier 2014).

En substituant le socle aux disciplines, l’évaluation par compétences
à la notation des connaissances, les programmes par
cycle aux programmes par année scolaire la réforme en cours
loin de refonder l’Ecole de la République, ne fait que la détruire.
C’est pourquoi FO s’y oppose résolument.

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refondation destruction

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