Professeurs de CPGE : le statut spécifique, la solution ? communiqué SNFOLC du 22 janvier 14

vendredi 24 janvier 2014

Professeurs de classes préparatoires : le statut spécifique, la solution ?


En marge de ses voeux à la presse, le 22 janvier, V. Peillon vient d’annoncer son
intention de reprendre le groupe de travail sur « le métier des enseignants du second
degré » en dissociant les professeurs de classes préparatoires.

Or, par la grève historique et reconduite, les professeurs de classes préparatoires ont
signifié au ministre leur refus d’une réécriture des décrets de 1950. Ils lui ont imposé
de surseoir à sa décision (réunion ministérielle le 12 décembre 2013)

A l’initiative du SNFOLC, plus de 400 prises de position, très souvent intersyndicales,
ont été prises dans les établissements secondaires, pour le retrait définitif du projet
Peilllon qui vise à supprimer les décrets de 1950.

C’est cependant toujours plein de hargne contre les professeurs de CPGE, qu’il
affirme « sa volonté d’avancer sur les différences de salaires entre les professeurs de
CPGE et l’opacité du système ». (AEF 22.01.2014). Après avoir essayé d’opposer
professeurs de classes préparatoires et professeurs de ZEP, voilà qu’il faudrait qu’ils
s’opposent entre eux !

Réformes néfastes ou statut obsolète ?

La loi Fillon (2005) a mis en place le socle commun (développement des compétences
au mépris des contenus disciplinaires). La réforme Chatel du lycée en a découlé : elle
s’est traduite par la diminution des horaires disciplinaires, la suppression de la
définition nationale des dédoublements, une organisation à géométrie variable de
l’AP, la diminution des horaires disciplinaires, l’évaluation en cours d’année au
baccalauréat en langues vivantes.

La loi Peillon poursuit ces mêmes réformes mais va encore plus loin dans le
développement annoncé des compétences. Elle introduit également le copilotage des
établissements et des enseignements eux-mêmes par l’Etat et les collectivités : en
témoignent les contrats d’objectifs tripartites et les projets éducatifs territoriaux
dont découle la désastreuse réforme des rythmes scolaires. De plus le référentiel des
« compétences professionnelles des métiers de l’éducation » publié cet été redéfinit
le métier d’enseignant en terme de compétences : le projet de « réforme » Peillon
des décrets de 50 veut réorganiser nos obligations de service autour de ces
compétences.

A l’Université la réforme LMD (2002) et la LRU (2007 : autonomie des Universités) ont
conduit les Universités dans un gouffre financier, certaines étant au bord de la faillite
pure et simple. Les moyens, les enseignements varient fortement d’une université à
l’autre.

Avec la loi Fioraso (2013), tous ces traits sont conservés et aggravés. Les diplômes ne
sont plus habilités par l’Etat (CNESER). Une simple accréditation permet à l’université
de délivrer ses propres diplômes, rompant avec le monopole d’Etat de la collation des
grades. Les régions participeront via des contrats pluriannuels à la définition des
cursus.

La politique gouvernementale met au centre la territorialisation de l’Ecole comme de
l’Université.

Quel statut défendre ?

Rappelons que les décrets de 1950 définissent les services des enseignants, quel que soit le lieu
d’exercice, en maxima hebdomadaires d’heures d’enseignement dans leur discipline. Le statut est
national et il est facteur d’unification des enseignants. Il est protecteur, les décrets empêchent
l’individualisation locale des obligations de service.

En ouvrant la voie à une discussion séparée débouchant sur un « statut spécifique » aux enseignants de
CPGE au prétexte de « mieux prendre en compte leurs spécificités », le ministre laisse à nouveau
entendre, que le problème c’est le statut des professeurs et non les réformes successives et les
suppressions de postes qui ont entraîné une baisse de la qualité de l’enseignement.

Mais dans le contexte actuel chacun doit mesurer qu’alors que le ministère a dans ses cartons un projet
de transfert des classes préparatoires aux universités ou à tout le moins d’alignement sur les filières
universitaires dites d’excellence, une telle démarche risque fort de déboucher sur un rapprochement du
statut des professeurs de CPGE sur celui des enseignants de l’Université qui sont annualisés, et soumis à
de multiples tâches, notamment administratives, d’orientation ou d’appui à l’insertion professionnelle
de leurs étudiants. Notons que la fin de la gratuité pour les élèves de CPGE, sous prétexte d’équité, va
bien dans le sens du transfert.

Comment ne pas faire le lien entre la décision de baisse du coût du travail et l’augmentation du temps
de travail par la suppression des décharges, la référence à la « réglementation sur le temps de travail
applicable à l’ensemble de la fonction publique »
, autre manière de dire 1607 heures, ce qui permet
d’allonger le temps de présence ?

Quant aux rémunérations, il est plus que douteux, à l’heure de l’austérité tous azimuts, que l’objectif
soit de les améliorer au terme de cette négociation. La réduction de 68 milliards de dépenses publiques
vient d’être annoncée.

La coupure des enseignants de CPGE des autres enseignants actuellement régis par les décrets du 25
mai 1950, si elle est aussi évidemment guidée de la part du ministre par des préoccupations tactiques
évidentes, puisqu’il a dû reculer devant la grève des professeurs de classes préparatoires, risque d’avoir
d’autres conséquences en chaîne.

Construire « un statut spécifique », c’est tarir ou au moins amoindrir le vivier de recrutement des
professeurs, et rendre difficile sinon impossible les services partagés. C’est bien mettre le doigt dans
l’engrenage du transfert à l’université. C’est aussi faciliter le détricotage des statuts particuliers des
corps de certifiés, agrégés, P.EPS. N’en déplaise à certains, c’est le statut qui prime et pas le lieu
d’exercice.

Les réformes précédentes ont toutes eu pour conséquence l’affaiblissement des heures et des contenus
disciplinaires. Celles qui sont prévues par le ministre actuel n’échappent pas à cette même logique. La
réforme des CAPES (les épreuves disciplinaires ne comptent plus que pour 20-30% du total) va dans le
même sens. Des projets de « réforme » de l’agrégation sont dans les cartons, celle de la dite
« professionnalisation » des concours. Le statut spécifique ne manquerait pas de la faciliter.

FO propose à l’ensemble des professeurs, qu’ils exercent en classes préparatoires, en BTS ou dans le
secondaire de se réunir à nouveau pour demander le retrait définitif du projet Peillon de réécriture des
décrets de 1950 et le refus de toute régression que ce soit sous forme d’un statut spécifique ou autre.

Combattre l’austérité, une urgence sociale et démocratique : Augmentez nos salaires, pas nos horaires Le statut national, ce sont nos droits

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