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La réforme du collège et des disciplines : remettre en cause les statuts - Communiqué SNFOLC du 12 décembre 2013

12 décembre 2013

vendredi 13 décembre 2013

La réforme du collège
ou l’autre moyen de remettre en cause les statuts


Sous prétexte d’assurer « une véritable progressivité des apprentissages », le décret n° 2013-682 du 24 juillet 2013 avait consacré le démembrement du collège en rattachant la classe de 6ème au cycle de consolidation de l’école élémentaire. Mais cette mesure n’était pas suffisante.

Le ministre s’attaque maintenant directement aux contenus d’enseignement. Dans une lettre en date du 4 décembre 2013 adressée au président du Conseil Supérieur des Programmes, il argue de « l’ennui de nos élèves » pour réclamer la mise en place d’une refondation pédagogique qui prenne en compte « la place et la fonction du jeu ».

Significativement le mot « instruction » n’est jamais mentionné dans ce courrier de six pages, pas plus du reste que les expressions d’ « esprit critique » ou de « raisonnement ». Le nouveau collège doit devenir un lieu de vie dépourvu de toute ambition intellectuelle, obéissant aux demandes des prescripteurs que sont « la représentation nationale, les parents d’élèves et les acteurs économiques ». On peut constater que, pour le ministre, ni l’avis de la communauté scientifique ni celui des enseignants ne sont jugés dignes d’intérêt.

Il est vrai que, « afin de garantir la réussite de tous les élèves », les programmes devront s’affranchir des logiques disciplinaires pour privilégier les compétences transversales. En lieu et place des savoirs positifs qui permettaient à l’élève de devenir un citoyen libre et responsable, il lui sera proposé une « formation au numérique », et lui seront inculquées les « valeurs nécessaires au vivre ensemble (enseignement moral et civique, développement durable, égalité des sexes, ouverture au monde…) ».

Les programmes nationaux eux-mêmes sont menacés puisqu’ils ne couvriront qu’une partie du temps des élèves. Le reste sera défini localement. C’est Alain Boissinot, le Président du Conseil Supérieur des Programmes qui l’annonce : « le ministre a exprimé ce souhait qu’au collège les programmes ne saturent pas la totalité du temps scolaire ».

Ainsi, en fait de refondation du collège, il s’agit ni plus ni moins de sa destruction. Pour justifier cette vaste entreprise de démolition le ministre estime que le système actuel ne donne pas satisfaction : « à la sortie du collège 15% de nos élèves [sont] en très grande difficulté. » Pire « les écarts de réussite entre élèves originaires de milieux sociaux différents ont plutôt tendance à s’aggraver ».

Le constat n’est pas inexact mais les causes profondes de ce désastre ne sont jamais évoquées. Si le collège ne parvient plus à corriger les inégalités sociales, c’est parce que le niveau y a très fortement baissé et que les élèves qui n’ont pas la chance de pouvoir se payer des cours particuliers ont de moins en moins la possibilité de pouvoir accéder au savoir et à la culture.

La réforme envisagée ne porterait en rien remède à cette situation profondément injuste. Elle n’a pas pour ambition d’enseigner aux élèves ce qu’ils ignorent mais de masquer leurs lacunes. Le président du CSP en semble lui-même conscient lorsqu’il déclare « Ca ne sert à rien de fixer un niveau que les élèves n’atteignent pas. Ce qui compte c’est le niveau réel et que celui-ci ne diminue pas ». Dès lors la création de 4000 postes sur trois ans n’y changera rien.

Si la « refondation » du collège proposée par Vincent Peillon est une calamité pour les élèves, elle s’avère aussi une catastrophe pour les professeurs. Dépouillés de leur qualification disciplinaire au nom de la polyvalence, dépossédés de leur liberté pédagogique en vertu de l’harmonisation des progressions, des évaluations et des pratiques, ils seraient astreints à des missions définies localement sous le contrôle d’une hiérarchie intermédiaire.

Dans le cadre d’un temps de travail annuel porté à 1607 heures, ils se verraient imposer par le conseil d’administration de leur établissement de participer à des activités ne relevant pas de l’enseignement, dans une totale confusion du scolaire et du péri scolaire.

C’est ce que le ministre et certains syndicats appellent « travailler autrement ». La grande majorité des collègues repousse une réforme qui participe de la destruction de leurs statuts.

Confronté à la grève totale des classes préparatoires, à une multiplication des prises de position dans les établissements et à des manifestations dans les rues, Vincent Peillon a dû annoncer le 12 décembre 2013 qu’il différait toute décision définitive sur les statuts des enseignants, en particulier sur les décrets du 25 mai 1950.

Pour autant rien n’est réglé puisqu’il entend rouvrir les discussions en janvier sur les mêmes bases et principes.

La mobilisation a commencé à porter ses fruits. Elle doit se poursuivre et s’amplifier tant que le ministre n’a pas renoncé à tous ses projets qui conduiraient à l’éclatement des statuts et qui ruineraient, jusque dans ses fondations, l’Ecole de la République.

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