SNFOLC Revue N°398

La démarche « curriculaire » contre l’instruction. 15 mai 2014

15 mai 2014

jeudi 15 mai 2014

Il est apparu depuis quelque temps dans le jargon pédagogique une expression qui fait florès avec
la « refondation » de l’Ecole : la démarche « curriculaire ». Que signifie au juste cette formule ?


Les curricula contre le système scolaire français

Comme beaucoup de termes à la mode, ce mot latin nous
vient en fait des Etats-Unis.

En 1949, le pédagogue Ralph W. Tyler fait paraître une étude
intitulée Basic Principles of Curriculum and Instruction. La
notion est ensuite reprise et approfondie. On considère aujourd’hui
qu’«  un curriculum est un ensemble d’actions planifiées
pour susciter l’instruction : il comprend la définition
des objectifs de l’enseignement, les contenus, les méthodes
(y compris l’évaluation) les matériels (y compris les manuels
scolaires) et les dispositions relatives à la formation adéquate
des enseignants »
( G. De Landsheere Dictionnaire de
l’évaluation et de la recherche en éducation.

Paris, PUF, 1979, p. 65). Ainsi, au départ la
notion est idéologiquement neutre.

Periculosa curricula

Une fois introduite en France, elle perd cette
caractéristique et devient une arme de
guerre contre l’école française. Au nom de
la mondialisation du marché de l’Education,
il conviendrait de tourner le dos au système
imaginé par Condorcet sous la Révolution
française, mis en place à partir de la IIIème République. Il ne
serait plus adapté aux normes actuelles.

Le préambule de la charte des programmes publiée le 3 avril
2014 n’affirme-t-il pas que « le contexte européen et international
a vu émerger ces dernières années, en une approche
dite souvent curriculaire, des problématiques nouvelles
comme la recherche d’une cohérence globale des programmes
 » ?

Les curricula contre les savoirs disciplinaires

Par trois lois d’orientation (1989, 2005, 2013) l’éducation a
été mise en place contre l’instruction, les compétences contre
les connaissances, le travail en séquences contre la cohérence
des disciplines, le curriculum est, lui, érigé contre les programmes.

Quel est le grief des « rénovateurs » contre les programmes
sinon de respecter les matières d’enseignement ? Alain Boissinot,
président du Conseil supérieur des programmes préconise
une tout autre méthode « on va partir d’un cadre d’ensemble,
par exemple un cycle, avec des champs disciplinaires
plus larges que les disciplines traditionnelles. Après on déclinera
en disciplines quand ce sera nécessaire. [...] Le ministre
a exprimé ce souhait qu’au collège les programmes ne
saturent pas la totalité du temps scolaire. »
(Café pédagogique,
9 décembre 2013).

Les curricula contre le statut des professeurs

Dès lors que les disciplines sont mises en cause, l’autorité du
professeur est atteinte. Il n’est plus un expert reconnu dans
un domaine du savoir. Il n’est plus celui
qui fait cours, c’est-à-dire celui qui transmet
des connaissances à ses élèves afin de
leur permettre de développer leur jugement,
d’affiner leur sens esthétique, d’aiguiser
leur esprit critique. Il n’est plus
celui qui leur permet de devenir des
adultes libres, responsables et cultivés.

Il est chargé d’une multitude de tâches
d’animation, d’évaluation, de conseils, de
relations avec les collègues, les parents,
les associations, les collectivités territoriales,
les acteurs économiques. Son temps de travail est démultiplié
et sa liberté pédagogique réduite à peu de chose. Il
doit s’adapter au projet d’établissement et aux usages locaux.
La notion d’enseignement n’est plus référée précisément à
une discipline, elle se dilue dans une multiplicité d’activités
où les professeurs sont interchangeables.

Après la réforme du CAPES qui accorde des coefficients plus
importants aux épreuves « professionnelles » qu’à celles portant
sur la discipline universitaire, les projets de décret
Peillon traduisent cette volonté d’amoindrir le statut de professeur
 : ils ne font plus mention des disciplines d’enseignement
contrairement aux décrets de 50. Dans l’Ecole du socle,
nul besoin de maîtres qualifiés, convenablement rémunérés
et socialement respectés.

Le curriculum traduit cette volonté de broyer l’école, les savoirs
et les professeurs, sans aucun profit pour les élèves. Autant
de raisons de s’opposer au projet de décret Peillon, cadre
de mise en oeuvre de cette démarche.

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