SNFOLC

Interview de Romain Vignest, président de l’APL par le SNFOLC, le 26 juin 2013

26 juin 2013

samedi 29 juin 2013


1 - Pourriez-vous développer le point de vue de l’APL sur les dernières maquettes du CAPES ?

Le ministère prétend que la maîtrise de leur discipline par les candidats au CAPES est déjà attestée par l’Université ; mais le but d’un concours est de recruter les meilleurs, non pas seulement les bons ! La réduction du nombre d’épreuves et de l’évaluation académique vise en vérité à recruter les professeurs sur d’autres critères que la maîtrise disciplinaire pour une autre mission que la transmission des connaissances : il n’est que de voir la composition des masters d’enseignement en cours délaboration, et tout offerts aux « sciences » de l’éducation. Et, comme il n’y a aucun sens à évaluer « hors-sol » les compétences pédagogiques d’un même pas encore professeur, qui ne voit que le CAPES va devenir un instrument de normalisation pédagogiste ? Quant aux CAPES de lettres, leur fusion ne serait légitime que si le latin faisait l’objet d’une épreuve commune, ce qui n’est pas le cas. Là encore c’est la transmission du savoir qui passe à la trappe au profit d’« autre chose ».

2 - Quelles sont les analyses de l’APL relativement aux « compétences », à l’enseignement par compétences et à la transdisciplinarité ?

L’enseignement par compétences, censé plus égalitaire et proné par l’Union européenne, est étranger à la tradition humaniste. C’est l’enseignement du vide. Il repose sur l’idée qu’on peut penser sans connaissances. Ce faisant, il fabrique des ignorants, incapables d’interpréter le monde et prêts à croire n’importe quoi. Ainsi, à la différence de l’explication de texte, la lecture analytique n’a pas pour rôle de révéler la substance d’un texte, mais de former aux méthodes d’analyse elles-mêmes, le texte n’étant plus lui-même que le terrain d’entraînement d’un commentateur infirme. La lecture est un apprentissage cumulatif : les textes prennent sens par rapport à un contexte, par rapport à une tradition, par rapport aux autres textes. Au lieu de donner à entendre ce formidable écho, qui caractérise l’humanité et permet à chacun d’habiter le monde, on bombarde au hasard et on ne sait d’où dans un ciel aveugle des extraits orphelins. Il est vrai que le plus court chemin pour supprimer l’ignorance, c’est de supprimer le savoir...

3 - Quelle seraient selon l’APL, les priorités pour l’enseignement des lettres ?

Que soient au Collège maintenus et appliqués les programmes de 2009 : grammaire de phrase, orthographe, vocabulaire, vraie littérature, abordés de façon structurée et méthodique, en rupture avec la séquence didactique qui mouline le savoir et interdit aux élèves de se l’approprier. Qu’au lycée les textes soient étudiés pour eux-mêmes et replacés dans une histoire littéraire complète et globalement chronologique. Que les langues anciennes, libérées elles aussi d’une pédagogie absurde et étouffante, occupent toute leur légitime place et soient enseignées, le latin notamment, de manière à nourrir le français : l’APL est favorable à une heure de latin intégrée au cours de français en Sixième, et à l’obligation d’une langue ancienne en série L – à condition qu’on ait supprimé les enseignements d’exploration qui leur font en Seconde une invraisemblable concurrence. Évidemment, tout cela exige des horaires décents : les lettres sont une discipline d’imprégnation, la hâte leur est fatale.

Site http://aplettres.org/


SNFOLC - 6, rue Gaston Lauriau 93513 Montreuil Cedex
Tél. : 01 56 93 22 44 - Fax : 01 56 93 22 42
Heures de permanences : 9h - 12h30 et 14h - 18h du lundi au vendredi
snfolc.national@fo-fnecfp.fr