Colloque FO du 1er octobre : UN COMBAT POUR L’ECOLE

septembre 2011

vendredi 23 septembre 2011


Madame, Monsieur,
Cher(e)s camarades,

Les restrictions budgétaires conduisent le gouvernement à supprimer massivement les postes au point qu’il n’est plus de politique, au sein de l’Education nationale, que destinée à gérer la pénurie. Dans le même temps, le discours sur l’ « autonomie des établissements » et les réformes qui se succèdent à cadence effrénée, tendent à remettre en cause les statuts des personnels de l’enseignement. Cette évolution se traduit, depuis des années, par une régression du niveau d’instruction publique, au détriment de l’égalité des droits, des élèves, de leur famille et de toute la Nation. La FNECFP-FO et toute la Confédération Force Ouvrière entendent mettre leur réflexion et leur action au service de la reconquête du droit pour tous à une Ecole laïque, démocratique et républicaine.

Face aux multiples agressions et pressions exercées à l’encontre des personnels et du service public d’enseignement, face aux récentes déclarations du Ministre de l’Education, annonçant une future dénaturation du baccalauréat et un alignement progressif de l’Ecole française sur le modèle finlandais, il importe de réaffirmer la nécessité d’une authentique transmission des connaissances, d’assurer la validité des diplômes et des qualifications en s’opposant résolument à toute dénaturation des enseignements disciplinaires.

C’est dans ce cadre que la FNECFP-FO a le plaisir de vous inviter au colloque qu’elle organise le samedi 1er octobre de 10 heures à 17 heures dans les locaux de la Confédération, 141 avenue du Maine, à Paris, sous la présidence de Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force Ouvrière.

Cette journée se déroulera en présence, notamment, de Danièle SALLENAVE, de l’Académie Française, du philosophe Charles COUTEL, de la sociologue Nathalie BULLE et du journaliste Pascal BOUCHARD, ancien professeur et spécialiste des questions éducatives, de Michel SERAC, écrivain, de Michel ELIARD, sociologue, de Henri PENA RUIZ, écrivain, de Philippe SOUBIROUS, syndicaliste dans la fonction publique, de Sylvain EXCOFFON, universitaire, de Jean-Louis AUDUC, de directeur d’IUFM, de Christian LAGE, syndicaliste dans l’enseignement professionnel, Rémi CANDELIER, syndicaliste dans le premier degré, Jacques PARIS, syndicaliste dans l’enseignement secondaire, Abdellah BECHATA, secrétaire général de l’Union des Professeurs de Spéciale.

Deux tables rondes seront organisées.

- La première intitulée « Pour une Ecole qui instruise » abordera pendant la matinée la fonction de l’Ecole comme « ascenseur social », l’itinéraire qui conduit du « collège unique » au « lycée light », le Lycée Professionnel et la laïcité.

- La seconde dans l’après-midi, « La mission : enseigner. Le statut, à défendre. », se penchera sur la sauvegarde de l’enseignement disciplinaire, et de la liberté pédagogique. Elle mettra en perspective les effets néfastes de la déréglementation, de l’autonomie et de la décentralisation sur l’institution scolaire, et abordera la question des enseignants dans le statut général de la Fonction publique. Le colloque sera ouvert par Hubert RAGUIN, secrétaire général de la FNEC FP-FO et Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de FO, prendra la parole au terme des débats.

Cordialement,

Le secrétariat fédéral,

Montreuil, le 7 septembre 2011

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INTERVIEW DE DANIÈLE SALLENAVE par FO Hebdo

Un combat pour l’école : une immortelle s’engage

Écrivain, auteur d’une bonne trentaine de livres, de Paysage de ruines avec personnages, en 1975, à Pourquoi on écrit des romans, en 2010, en passant par Le don des morts, dieu.com ou Castor de guerre sur la vie et œuvre de Simone de Beauvoir, celle qui a décidé d’intervenir au colloque de FO est entrée à l’Académie française en avril dernier.

FO Hebdo : Si vous n’aviez qu’une seule raison de participer au colloque de FO, quelle est-elle ?

DS. Je saisis toutes les occasions qui me sont offertes de redire deux ou trois choses simples, sur l’école, son rôle, l’émancipation par les savoirs et par la langue, la fonction des livres dans la formation de soi.

FO Hebdo : En 1991, vous publiez Le don des morts sur la littérature et vous parlez des livres, ces legs des générations disparues qui nous aident à vivre. En 2011, le groupe Ikéa adapte une de ses bibliothèques pour y mettre des bibelots, la vente des livres imprimés étant en baisse. Que se passe-t-il ?

DS. L’anecdote est saisissante ! Les deux ne font peut-être qu’un : la baisse générale de la lecture (même s’il y a toujours de « gros lecteurs »), et la disparition de l’ « objet - livre ». On lit toujours beaucoup, avec Internet notamment, mais le paradigme de la lecture a changé : ce ne sont pas des livres qu’on découvre dans toute leur continuité et leur complexité, mais des informations que l’on glane, qu’on pique çà et là. Du coup, ce n’est plus une lecture continue, mais une lecture discontinue, et de nombreux travaux l’ont montré : elle est beaucoup moins formatrice.

FOH : Grâce aux livres, écrivez-vous, le lecteur peut accéder au savoir universel et échapper à la singularité de son existence. Mais cette accession à la lecture, comment la voyez-vous ?

DS :. Je distingue nettement les livres de savoir ou de connaissance, des livres de réflexion, de fiction, d’imagination. Je maintiens de toute façon que le savoir passe par des ensembles constitués, les livres, et non par un poudroiement d’informations dispersées. Mais si je donne une place très particulière à la lecture d’œuvres de réflexion et de fiction, c’est qu’il m’apparaît plus que jamais nécessaire de trouver, dans un monde tourné vers l’immédiateté et la rentabilité, des espaces de liberté, où l’on peut rêver, prendre ses distances, s’arracher au présent, ne serait-ce que pour y revenir mieux armé !

FOH : Dans Nous on n’aime pas lire, vous voyez un renoncement dans le fait de dire “prof de lettres” et non plus “prof de français” ; pourquoi ?

DS. Oui, je crois qu’il ne fallait pas renoncer à dire professeur (et non « prof ») et, oui bien sûr, de Lettres, avec une majuscule s’il le faut ! Cela peut paraître désuet mais c’est toujours d’actualité : si l’on veut enseigner un bon français, il ne suffit pas de l’enseigner comme langue de communication. Il faut l’enseigner dans toute sa variété et sa richesse, qui se trouvent bien sûr dans la langue orale, dans la langue d’aujourd’hui, mais aussi dans celle d’hier - donc forcément dans des formes écrites. Il faut apprendre aux élèves à bien manier la langue en leur fournissant les meilleurs exemples, pris chez les meilleurs auteurs, ceux qui pratiquent une langue riche, variée, inventive et correcte ! La langue d’hier n’est pas une langue morte : rien de plus vivant que Montaigne ou Rabelais !

En même temps, les « Lettres », c’est une façon de dire « la culture », non pas comme un loisir d’élite, un signe de reconnaissance des dominants entre eux, thèse de Pierre Bourdieu(*), mais la culture comme formation de soi, profondeur historique, distance critique et développement de l’imagination.

FOH : Les savoirs viennent du passé, dites-vous. Cela ne confère-t-il pas à l’Éducation nationale un rôle conservateur…, au sens noble du terme ?

DS. Les savoirs progressent et se transforment par la recherche, l’innovation technique, le développement des méthodologies, etc … Mais ils ont une histoire, et c’est l’histoire de l’humanité, que chacun doit connaître et recevoir en héritage. L’Éducation nationale a ce rôle essentiel, de conserver pour transmettre, et de transmettre pour que les nouveaux venus puissent faire fructifier l’héritage.

FOH : Aujourd’hui, comment concilier la transmission des savoirs avec les nouvelles techniques ?

DS. On ne parle même plus de les « concilier », on considère que la transmission des savoirs doit passer par les nouvelles techniques et que cela accroît considérablement les chances d’une transmission démocratique ! Il existe depuis des décennies une illusion récurrente, tenace : les nouvelles techniques, notamment de l’information, portent en elle une démocratisation de la connaissance. Or rien n’est plus problématique. Avoir accès à des « ressources » considérables, grâce à l’Internet, c’est une extraordinaire possibilité, ce n’est pas en soi une formation ou un apprentissage.

D’autre part, ces nouvelles techniques ne sont pas sans incidence sur la nature même des connaissances transmises. Leur morcellement, leur formation « en réseau » tellement vantée, ne sont peut-être pas si favorables que cela à l’attention, à la réflexion, qui demandent du temps, de la continuité, du silence…

FOH : Pourtant, l’Éducation nationale parle de plus en plus de “dématérialisation” des connaissances…

DS. Qu’entend par là ? Une dématérialisation des supports ? Ou une dématérialisation de la pensée ? Penser n’a jamais été autre chose que « cosa mentale », une « chose de l’esprit », comme disait Léonard de Vinci en parlant de la peinture. Penser, réfléchir, apprendre, créer, c’est passer sans arrêt de l’invisible au visible, de l’abstrait au concret, de l’immatériel au matériel, du rêve à la réalité. Et vice-versa…

L’illusion d’aujourd’hui, c’est de croire que la « dématérialisation » du support est un progrès. Le progrès est dans la capacité de stockage et dans la facilité d’accès : mais ça ne remplace pas la nécessité de penser, c’est-à-dire d’organiser les choses, dans sa tête et pour soi, de construire une logique, une continuité, de trouver des questions plutôt que de se jeter sur des réponses…

FOH : Aux États-Unis, la littérature se perd, la langue de Shakespeare fatiguant les élèves ; Molière ne risque-t-il pas de connaître le même sort ?

DS. Il y a deux choses différentes dans votre question. La question de la lecture et celle de la littérature, notamment dans les langues du passé. Oui, lire est difficile, surtout quand on déchiffre mal – mais même quand on sait bien lire, lire est un travail, lire fatigue. Il faut bien voir que lire n’est pas un acte naturel, c’est un acte artificiel, complexe, qui demande un apprentissage. Il faut former la capacité de se représenter mentalement ce que désignent des signes abstraits. Cet apprentissage convoque la mémoire, l’affectivité. Et plus généralement, engage le corps tout entier : la reconnaissance des mots se fixe grâce à leur écriture, qui ne devrait jamais être séparée de leur déchiffrement, notamment au CP.

On commet une grave erreur en faisant apprendre les lettres et les mots directement sur un ordinateur, comme c’est le cas dans certains secteurs « de pointe », hyper technologisés, salués niaisement par les commentateurs des journaux télévisés ! Une étude a été faite, et elle est sans appel : taper sur un clavier avant d’avoir appris à déchiffrer et à écrire à la main retarde considérablement l’apprentissage de la lecture et la mémorisation des mots…

Quant à la lecture de textes anciens, effectivement, elle est menacée par l’ignorance de la langue dans ses formes passées. C’est un phénomène quasiment inéluctable, qu’on pourrait tout de même retarder en continuant de lire en classe des textes anciens, au lieu de saluer leur disparition comme le signe d’un progrès démocratique ! Tant qu’on pensera que la « culture », les livres, sont au service de la domination, tant que l’on oubliera qu’ils sont, à l’inverse, le lieu et le moyen d’une émancipation, on s’enfoncera et l’on enfoncera les jeunes générations dans une spirale d’oubli du passé, de surestimation du présent. Autre nom d’une barbarie douce : l’obscurantisme moderne.

FOH : Quel effet vous a fait la sortie du chef de l’État sur la princesse de Clèves ?

DS. Cela ne m’a pas autrement surprise. Le résultat est amusant : on n’a jamais autant parlé de ce livre ! La seule réponse consiste à maintenir farouchement cette idée : que les bons livres sont nécessaires à tous, que tous y ont droit, et que l’école doit être au service de cette idée.

(*) Sociologue pour qui la reproduction des hiérarchies sociales renvoie au déterminisme.

Propos recueillis par : Marie-Laure Schisselé, FO-HEBDO


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