Collèges : ça suffit ! Nous demandons au ministre de retirer la réforme du brevet et de nous garantir les conditions pour enseigner

vendredi 17 décembre 2010

On nous demande de

☹ - remplir les livrets de compétences

☹ - faire passer l’épreuve d’histoire des arts

☹ - mettre la note de vie scolaire

☹ - faire le B2i

☹ - participer au conseil pédagogique etc.

Mais l’urgence c’est de rétablir les conditions pour pouvoir enseigner notre discipline.


La liste est longue des tâches supplémentaires qui s’accumulent sur le dos des enseignants de collèges. Elles ont un point commun : elles ne font pas partie de nos obligations de service statutaires et, de plus, elles ne sont pas rétribuées. Elles traduisent toutes la volonté ministérielle de réduire l’enseignement en collège à un bricolage local.

Comme si cela ne suffisait pas, au 3ème trimestre , au moment où les DHG prévoient que nous aurons l’année prochaine encore plus d’élèves par classe et moins de groupes, certains chefs d’établissements demandent de remplir les livrets de compétences pour les élèves de 4ème.

Au moment où il faut valider le niveau A2 et le B2I, s’occuper de l’orientation des 3e, répondre aux questions des élèves et des parents désorientés par la réforme du lycée, etc, on nous demande de nous réunir pour remplir ces livrets en plus des conseils de classe.

On ajoute les réunions aux réunions. Ça suffit !

Nous avons choisi d’être enseignant pour enseigner, pas pour remplir de la paperasse et passer plus de temps en réunions qu’avec nos élèves.
Nous avons passé un concours, nous avons un statut, il ne prévoit pas cet empilement de tâches parasites.

Toutes ces mesures prétendent améliorer le travail des élèves, leurs résultats. Qui peut prétendre que c’est le cas ? Qui peut prétendre que cela a un effet sur leurs résultats ?
Une seule chose est sûre : les enseignants travaillent de plus en plus, gagnent de moins en moins et se voient reprocher les résultats en baisse de leurs élèves.
Le bon sens doit donc prévaloir. Il en est encore temps. Dans l’immédiat, le ministre doit retirer le caractère obligatoire des livrets de compétences. C’est une mesure indispensable pour apaiser la situation en collèges d’autant que leur remplissage est loin d’aller de soi. Il doit prendre en compte l’ampleur de la dégradation de nos conditions de travail.
Ses déclarations et celles du député (voir p. 3) ne sont pas les réponses que nous attendons, elles confirment que la mise en œuvre du socle commun vise à dissoudre nos garanties statutaires.

Pour le SNFOLC, la priorité c’est d’abord de pouvoir se consacrer à faire cours pour instruire nos élèves, c’est-à-dire de revenir aux fondamentaux.

Le SNFOLC demande
- le retrait de toutes les dispositions non statutaires qui s’accumulent en collège,
- la restitution des heures et des postes supprimées en collèges à la rentrée prochaine,
- l’annulation des fermetures de postes.

Après la réforme du lycée, celle du collège…

Le Monde du 10 février a révélé que le Haut Conseil de l’Education préparait un rapport sur le collège. Antoine Compagnon, membre du HCE, interrogé sur le sujet dévoile le contenu de cette réforme : « Le collège unique, instauré en 1975,[…]et son organisation rigide en disciplines pose problème depuis lors. Est-il judicieux que le jeune collégien passe d’un seul coup d’un maître unique - ou presque - à une dizaine d’enseignants ? Ne pourrait-on pas consolider un pôle des humanités et un pôle des sciences en sixième, afin d’éviter le choc dont les plus fragiles ne se remettent pas ? » Le HCE prépare donc la bivalence des enseignants de collège mais façon « pôle de compétences ». En effet, le HCE a trouvé ! La cause de l’échec scolaire c’est l’enseignement par discipline et le statut du professeur sur lequel il est fondé. Des professeurs interchangeables, c’est très économique en postes statutaires… mais pour la qualité de l’enseignement disciplinaire ?

Les livrets de compétence contre le Diplôme National du Brevet
et contre les statut
s

Interrogé par l’AFP, M. Grosperrin (UMP) a expliqué qu’il préconisait de « supprimer les épreuves actuelles » du brevet des collèges (mathématiques, français, histoire-géographie, d’éducation civique, auxquelles s’ajoutent une note de vie scolaire, le B2i et un examen en langue vivante) au profit d’un contrôle continu. Il entend les remplacer d’une part par une « attestation de maîtrise du socle commun de connaissances et de compétences et d’autre part par des épreuves de »mises en situation« . »Il s’agirait par exemple de voir si on peut avoir une discussion téléphonique en anglais, ou être capable d’envoyer un courriel sans faire de faute à un chef d’entreprise", a-t-il expliqué. Ces exercices de mise en situation seraient passés nationalement, en fin d’année, dans un collège voisin et corrigés par un enseignant d’un autre établissement.

Preuve supplémentaire que c’est notre statut qui est visé derrière cette réforme, le rapport préconise des mesures concernant le temps d’enseignement des professeurs ou encore les matières enseignées.
En réponse au rapport parlementaire du député, le ministre Chatel a assuré qu’il n’était « pas question de supprimer le brevet des collèges » car les « Français y sont très attachés ».
« J’ai indiqué aux parlementaires l’attachement des Français et mon attachement et j’ai indiqué que je souhaite le maintenir », a poursuivi le ministre, pour qui « il n’est pas question de le supprimer ».
Mais ne rêvons pas ! Pour M. Chatel « cela ne veut pas dire ne pas l’adapter et le faire évoluer », soulignant qu’un « socle commun de connaissances et de compétences » avait déjà été intégré, ainsi qu’une « épreuve informatique et en langues ». "Depuis deux ans, nous faisons évoluer ce diplôme et nous allons continuer pour qu’il permette d’évaluer ce socle commun de connaissances et de compétences, nous y travaillons », a-t-il conclu.

 Demander l’abandon des livrets de compétences, le retrait du nouveau DNB, c’est défendre nos statuts, nos conditions de travail.

Livrets de compétences : la négation du travail de l’enseignant.

Tous n’auront pas le niveau, ni les compétences, pourtant tous seront validés !
Nos collègues de langue vivante ont déjà fait l’expérience de cette supercherie avec le niveau A2. Ils sont extrêmement rares les élèves qui n’ont pas été validés en A2. En revanche, ils sont très nombreux les collègues qui ont découvert que les élèves qu’ils n’avaient pas validé en juin avaient le brevet en juillet . Il en va du niveau A2 comme des compétences du livret. Si une d’entre elles n’est pas validée, le diplôme n’est pas délivré. Pour ne pas pénaliser un élève, les collègues vont renoncer à leurs exigences disciplinaires et valider des compétences qui ne correspondent plus aux résultats réels de l’élève.
Combien d’heures à consacrer à leur remplissage pour, au final, nier son propre travail et valider tout le monde ?

C’est une nouvelle perte de temps et une insulte de plus jetée au visage des enseignants de collège.

Histoire des arts : à force d’être pluridisciplinaire, on risque de ne plus enseigner
sa propre discipline.

Difficile de refuser de l’enseigner, elle est maintenant dans tous les programmes. Mais cela ne rend pas pour autant l’enseignant corvéable à merci pour participer à toute activité qui aborde les arts.
D’après les instructions officielles, l’histoire des arts fait partie de tous les enseignements. La dérive est qu’elle devienne un enseignement à l’intérieur des disciplines, menaçant les disciplines d’enseignement artistique. « Vous enseignez l’histoire des arts, vous pouvez bien remplacer votre collègue de musique ou d’arts plastiques ! ».

Peut-on m’imposer de faire passer l’épreuve d’histoire des arts ?

D’après la note de service n° 2009-148 du 13/07/09, non car l’épreuve, n’est pas obligatoirement assurée par un professeur d’arts plastiques, de musique ou d’histoire mais peut l’être « par un des professeurs associés à l’enseignement de l’histoire des arts. » Celle-ci faisant partie des tous les programmes d’enseignement, n’importe quel collègue peut être considéré comme « associé ». En premier lieu donc, les professeurs qui l’ont mise en place dans le collège cette année. La note de service indique que toute latitude est laissée aux professeurs avant et pendant l’épreuve du moment qu’ils acceptent de s’y coller...!

Mais l’épreuve est organisée sous l’autorité du chef d’établissement : si aucun professeur ne l’a mise en place, et /ou si tous les professeurs refusent, le principal peut l’imposer à des collègues dans les conditions définies à son niveau.

L’organisation de l’épreuve est entièrement décidée à l’échelle de l’établissement. C’est le grand bricolage programmé pour un diplôme qui n’aura bientôt plus rien de national.

La liste est longue…

Depuis 2005, la loi d’orientation sur l’Ecole de F. Fillon, et le socle de compétences, voici tout ce qui s’est ajouté à l’emploi du temps d’un professeur de collège :

➢ La validation du B2i *
➢ La validation du niveau A2 en langue vivante *
➢ L’évaluation de 6e et leur restitution aux parents
➢ L’évaluation de 6e en langue vivante.
➢ Le PDMF (parcours de découverte des métiers et de formations) **
➢ La validation des compétences dans le livret de compétences**
➢ Le cahier de texte numérique à renseigner
➢ Le Web classeur pour l’orientation (dès la 5e pour les PP). **
➢ Préparation à l’épreuve d’histoire des arts**
➢ L’éducation à la citoyenneté, à l’orientation, à la santé**
➢ L’ASSR
➢ La note de vie scolaire
* : obligatoire cette année
** : pas obligatoire cette année

Comme si cela ne suffisait pas !

A la rentrée 2010, dans la même classe les élèves vont voir défiler : le stagiaire 18h, l’étudiant en master 2 en responsabilité ou en observation, le remplaçant du stagiaire en formation…
C’est évidemment facteur de désorganisation et de désordre dans les classes. Ce n’est pas ainsi que le ministre va rétablir que le respect de l’autorité de l’enseignant et des conditions sereines d’enseignement.

Le livret de compétences s’oppose aux connaissances disciplinaires. Nos statuts de certifiés et d’agrégés sont fondés sur la transmission de connaissances disciplinaires, pas sur l’évaluation de compétences comportementales, humaines, ni sociales.

Nous voulons enseigner notre discipline.
Maintien du Brevet comme véritable diplôme national.

Livrets de compétences,
qu’est-ce qui a changé ?

Le ministère a présenté au Conseil Supérieur de l’Education du 14 juin 2010 (et publié le 8 juillet au B.O.) un nouvel arrêté sur l’utilisation du livret de compétences qui devient « livret personnel de compétences » (LPC).

Le vote y a été le suivant : 6 voix POUR (MEDEF, SNPDEN, PEEP) ;
1 voix CONTRE : Force Ouvrière ; 30 ABSTENTIONS dont UNSA, FCPE, SGEN-CFDT, SNES –FSU,…

 Pourquoi un nouvel arrêté alors que les textes réglementaires existaient déjà ?

Suite à la campagne organisée par FO, le ministère a reculé sur trois points :

- la validation n’est plus obligatoire en 4eme, elle est possible pour certaines compétences seulement.

- Les formulations parlant d’obligation ont toutes disparu. (la note de service n° 2009-128 du 13-7-2009 disait : « la tenue du document attestant la maîtrise des connaissances et compétences du socle commun sera obligatoire dès la rentrée scolaire 2009. »)

- On peut valider des « piliers » entiers comprenant des compétences non validées

 Cela confirme l’analyse du SNFOLC : remplir les livrets n’est pas une obligation de service, comme le B2i, l’histoire des arts.

 Toutefois, au nom du socle commun, le ministère maintient les livrets
- en attribuant au PP la mission de les renseigner.
- en indiquant qu’ils sont l’outil pour valider les compétences du socle commun, dont la maîtrise est nécessaire à l’obtention du DNB.

Pour résumer, le ministère dit : « ce n’est plus obligatoire pour les enseignants, mais c’est indispensable pour les élèves ».
Aucune obligation statutaire n’est formulée. L’arrêté du 14 juin (BO du 8 juillet) institue donc l’état de fait pour les enseignants et le professeur principal : le contrôle continu des compétences.

 Qui valide ou invalide ?
Le principal, lors du dernier conseil de classe de 3e

 Renseigner les livrets, est-ce une obligation statutaire pour le professeur principal ?

Non, cela ne relève pas de la circulaire du 21 janvier 93 qui régit les missions du PP.

 Que deviennent les livrets remplis en 2009 pour les 4e ?

Ils sont caducs. En effet, les items et le système de validation ayant changé, (des disciplines entières comme l’histoire-géographie sont réduites à 4 items, des domaines sont modifiés, seule la validation est inscrite en datant, on n’indique plus si le domaine est maîtrisé) les livrets utilisés ne sont plus les mêmes...

 Quels dangers ?
1- Il est à craindre que la responsabilité de la non validation soit reportée sur l’enseignant qui n’a pas tout mis en œuvre pour valider individuellement les compétences de l’élèves. Au moment où les effectifs des classes s’alourdissent…

2- Beaucoup de temps, de réunions et d’énergie pour un profit pédagogique qui n’a pas encore été démontré d’autant qu’aucune conclusion n’a été tirée des expérimentations. Tout cela risque de ne servir à rien.

3- La pression reportée sur les enseignants (pour ne pas faire barrage à l’obtention du DNB) et sur les chefs d’établissement (pour afficher le meilleur taux de réussite) sera telle que tous les élèves verront leurs compétences validées comme c’est devenu les cas pour le B2i et le niveau A 2. Pression d’autant plus forte sur les collègues que le caractère national du diplôme s’en trouve encore affaibli pour laisser la place à un bricolage maison comme pour l’épreuve d’histoire des arts.

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